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Le 11 juin, le gouvernement fédéral a publié sa Stratégie nationale de sécurité alimentaire, qui décrit un cadre visant à renforcer les systèmes alimentaires partout au Canada. En tant qu’organismes voués à la promotion de la sécurité alimentaire, nous accueillons favorablement l’accent mis par le gouvernement sur le renforcement de la production alimentaire nationale, de la capacité de transformation des aliments et des chaînes d’approvisionnement locales. Ce sont des priorités importantes qui peuvent aider à bâtir un système alimentaire plus résilient.
Toutefois, il y a une différence entre renforcer les systèmes alimentaires et réduire l’insécurité alimentaire des ménages. Nous craignons que la Stratégie ait été élaborée sans une consultation suffisante du secteur à but non lucratif, et qu’elle omette de s’attaquer au principal facteur de l’insécurité alimentaire : l’insuffisance des revenus.
Les organismes qui œuvrent à l’avancement de la sécurité alimentaire, à la réduction de la pauvreté, à la santé publique et aux systèmes alimentaires autochtones possèdent des décennies d’expérience dans le soutien aux communautés et la promotion de solutions fondées sur des données probantes – et nous disposons des données à l’appui. Cette expertise est essentielle pour concevoir des politiques qui s’attaquent aux causes profondes de l’insécurité alimentaire et pour veiller à ce que les stratégies nationales soient ancrées dans les réalités du terrain.
Au Canada, l’insécurité alimentaire n’est pas causée par un manque de nourriture. Elle est causée par un manque d’argent. Les gens vivent de l’insécurité alimentaire lorsque leurs revenus – qu’ils proviennent du travail ou d’un soutien gouvernemental – sont trop faibles pour couvrir les nécessités de base.
Aujourd’hui, près du quart de la population, dont un enfant sur trois, est en situation d’insécurité alimentaire. Cela peut signifier s’inquiéter de manquer de nourriture, réduire la consommation alimentaire pour couvrir les frais de logement et d’autres besoins essentiels, voire sauter des repas complètement. En raison des inégalités systémiques, l’insécurité alimentaire touche plus profondément les communautés autochtones, noires et racisées, les personnes en situation de handicap, les ménages monoparentaux, les personnes vivant dans des régions nordiques et éloignées, et d’autres communautés confrontées à des obstacles structurels.
La stratégie du gouvernement fédéral vise à s’attaquer aux « causes structurelles de l’insécurité alimentaire ». Nous convenons qu’il est primordial de s’attaquer aux causes profondes. Plus tôt cette année, nos organismes ont rédigé une lettre collective exhortant le gouvernement à faire de la sécurité du revenu un pilier central de la Stratégie, à établir des objectifs mesurables de réduction de l’insécurité alimentaire, à adopter un cadre fondé sur les droits et à assurer une synergie accrue avec les mesures de réduction de la pauvreté.
Malgré nos efforts pour participer à l’élaboration de la Stratégie, cette dernière n’introduit aucune nouvelle mesure importante visant à réduire l’insécurité alimentaire des ménages. Bien qu’elle établisse des objectifs liés à la production alimentaire nationale et à la résilience du système alimentaire, elle ne comprend pas de cibles mesurables, d’échéanciers ou de mécanismes de responsabilisation pour réduire l’insécurité alimentaire des ménages elle-même. Cette stratégie omet par ailleurs de s’appuyer sur les avancées politiques récentes, comme l’allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins de base, cette dernière étant, sous sa forme actuelle, insuffisante pour répondre à l’ampleur de la crise à laquelle font face des millions de Canadiens. Elle n’établit pas non plus de cadre clair pour évaluer si ces mesures et d’autres réduisent l’insécurité alimentaire des ménages au fil du temps.
En l’absence de solutions robustes en matière de revenu, une Stratégie nationale de sécurité alimentaire ne peut assurer la sécurité alimentaire des ménages à l’échelle requise pour répondre aux besoins de millions de Canadiens.
Bien que la Stratégie reconnaisse l’importance de la souveraineté alimentaire autochtone, elle ne prévoit pas de nouveaux engagements pour soutenir et maintenir les systèmes alimentaires autochtones. Pour les peuples autochtones, l’insécurité alimentaire découle fondamentalement de politiques coloniales dressant des barrières à l’exercice de l’autodétermination et à l’accès aux systèmes alimentaires traditionnels. La promotion de la souveraineté alimentaire autochtone exige des investissements significatifs dans des solutions dirigées par les Autochtones, notamment l’accès aux terres, le soutien aux chasseurs et cueilleurs rémunérés, l’élimination des obstacles aux pratiques alimentaires traditionnelles, ainsi que des investissements dans les infrastructures alimentaires dirigées par les Autochtones.
Ces graves lacunes dans la Stratégie soulignent la nécessité d’une mobilisation significative du secteur à but non lucratif de la sécurité alimentaire, des partenaires autochtones, des chercheurs et des communautés touchées. De plus, il existe un potentiel d’explorer les synergies entre la Stratégie et le travail novateur qui s’effectue déjà à l’échelle locale parmi les groupes susmentionnés. Une plus grande transparence et une consultation plus large auraient renforcé à la fois la Stratégie et la confiance du public dans sa mise en œuvre.
Nous recommandons que le gouvernement fédéral convoque une table ronde interministérielle sur la sécurité alimentaire réunissant des représentants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, d’Emploi et Développement social Canada, de Services aux Autochtones Canada, de Santé Canada et d’autres ministères concernés, ainsi que des organismes de la société civile, des chercheurs, des partenaires autochtones et des personnes ayant connu l’insécurité alimentaire.
Cette table ronde devrait avoir pour objet de discuter de la Stratégie nationale sur la sécurité alimentaire, d’explorer des pistes pour en renforcer la mise en œuvre, et de s’assurer que l’on aborde la sécurité alimentaire selon une approche pangouvernementale. Parallèlement à l’importance des investissements dans la production et la transformation alimentaires nationales, la réduction de l’insécurité alimentaire des ménages exige également une action coordonnée dans divers domaines stratégiques, notamment la sécurité du revenu, la réduction de la pauvreté, le logement, l’emploi et la réconciliation.
Au Canada, des millions de personnes continuent d’avoir de la difficulté à se procurer les aliments dont elles ont besoin. Le secteur à but non lucratif, qui possède une expertise approfondie et de solides relations communautaires, aurait un rôle essentiel à jouer dans l’élaboration de solutions. Nous exhortons le gouvernement fédéral à collaborer avec notre secteur au fur et à mesure que la Stratégie ira de l’avant.
Signataires,
Daily Bread Food Bank
Food Banks Canada / Banques alimentaires Canada
Food Secure Canada / Réseau pour une alimentation durable
Maytree
Maple Leaf Centre for Food Security
Mazon Canada
Right To Food / Droit à l’alimentation