Porté disparu: L’alimentation et l’agriculture à la COP26

Porté disparu: L’alimentation et l’agriculture à la COP26

November 30, 2021

Au début du mois de Novembre, les leaders du monde entier se sont réunis pour ce que beaucoup considéraient comme la dernière chance pour limiter le réchauffement climatique à bien moins de 2 degrés et de viser 1,5 degré. Étant donné que les émissions liées à la production alimentaire représentent plus d'un tiers des émissions mondiales de carbone (en anglais), la transformation du système alimentaire est une priorité urgente. Selon Paul Taylor, directeur exécutif de FoodShare, la crise climatique a déjà des répercussions sur l'accès à l'alimentation, car les phénomènes météorologiques extrêmes et imprévisibles ont entraîné une hausse des prix alimentaires mondiaux de 31 % l'année dernière. Le changement climatique touche tout particulièrement la sécurité alimentaire des peuples autochtones du Canada (en anglais). Bien que leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre soit parmi les plus faibles du pays, ce sont les peuples autochtones qui souffrent le plus des impacts du changement climatique. Dans un système alimentaire déjà inéquitable, la crise climatique exacerbe l'insécurité alimentaire.

Pourtant, les systèmes alimentaires n'ont pas fait l'objet de discussions aussi importantes que nous l'aurions espéré lors de la conférence. L'agriculture a été évoqué pendant la journée consacrée à la nature, durant laquelle l’engagement pour un Programme d'action politique pour la transition vers une agriculture durable et un programme d'action mondial pour l'innovation dans l'agriculture (programme d'action politique, en bref) a été approuvé par 45 pays. 

Toutefois, les solutions technologiques innovantes, sur lesquelles se concentre le programme d'action politique, ne constituent qu'une petite partie de la solution. La crise climatique exige une transformation immédiate des systèmes alimentaires avant qu'il ne soit trop tard. Les dirigeants du monde entier auraient dû faire pression et adopter des plans pour passer à des systèmes alimentaires qui soient justes, équitables, sains, résistants au climat et durables, axés sur les personnes, et qui préservent la biodiversité. Un système alimentaire qui est axé sur les personnes comprend des mesures immédiates pour mettre fin à la destruction des terres et à l'exploitation de la main-d'œuvre au Canada et à l'étranger au nom du profit. Il faudrait donc plutôt réorienter les subventions pour soutenir les petits producteurs alimentaires locaux, encourager la diversification de l'approvisionnement en protéines, et appuyer les systèmes agricoles agrobiodiversifiés qui protègent la nature. Une déclaration du Global People’s Summit dit :

[Traduction libre]

"Il faut soutenir les initiatives de production alimentaire locales, autochtones, et véritablement durables au lieu de la production agro-industrielle destructrice et non durable. Reconnaître l'autodétermination des peuples autochtones sur leurs terres ancestrales et leur système alimentaire diversifié est indispensable pour promouvoir des systèmes alimentaires justes et équitables." 

Les villes et autres gouvernements régionaux et infranationaux ont également fait preuve de leadership avec la déclaration de Glasgow sur l'alimentation et le climat, initiée par Nourish Scotland et IPES-Food. Avec la signature de Vancouver au Canada, la déclaration à pour but de : 

“[R]enouveler d’une même voix leurs engagements à développer des politiques alimentaires durables, promouvoir des mécanismes d’actions conjointes, et appeler les gouvernements nationaux à placer l'alimentation et l'agriculture au cœur de la réponse mondiale à l'urgence climatique.

Le programme Recipes for Resilience de Nourish Scotland a programmé 12 jours d'événements pendant la COP26 sur le thème de l'alimentation et du climat. Vous pouvez lire ici les rapports Food Tank produit par l’organisation, notamment sur la manière dont la politique alimentaire peut être un élément clé de changement à travers la lutte contre la pauvreté, la biodiversité et les crises climatiques.

La politique alimentaire pour Canada, introduite en 2019, promettait un alignement sur les objectifs de développement durable de l'ONU, tels que : l’ODD 2 (Faim Zéro), l’ODD 3 (Bonne santé et bien-être), l’ODD 12 (Production et consommation responsables), et l’ODD 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques). À l’heure actuelle, le Canada n'est en voie d'atteindre aucun des objectifs des ODD qui étaient explicitement mentionnés dans la Politique alimentaire pour le Canada. 

Le secteur alimentaire est au cœur de la réponse mondiale au changement climatique. Nous savons dans quelle direction notre système alimentaire doit se diriger pour que nous ayons une chance de lutter contre le changement climatique et donner à chacun le droit à l'alimentation. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est que nos politiciens fassent passer les intérêts des gens et de la planète avant tout et agissent.

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