Dépêche du mouvement alimentaire: entrevue avec Rebéka Frazer-Chiasson de la Ferme Terre Partagée, NB

Mercredi, 14 octobre, 2020 - 16:40

Le 24 septembre dernier, nous avons virtuellement rendu visite à Rébeka Frazer-Chiasson de la Coopérative Ferme Terre Partagée à Rogersville, au Nouveau-Brunswick, ferme biologique basée sur les valeurs de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire. La fermière, activiste et mère de deux enfants a partagé avec nous son parcours, les obstacles existants en agriculture et des changements qu’elle espère voir au niveau politique.

«À la Ferme Terre Partagée, nous avons tous un sentiment de solidarité avec les paysans à travers le monde et un certain sentiment d’obligation pour tenter de rendre le monde un peu plus juste en améliorant l’accès à l’alimentation. »

 

Quels sont les grands obstacles pour les jeunes en agriculture au Nouveau-Brunswick?

«Le coût de la terre, ça reste très inabordable, même si [le Nouveau-Brunswick] c’est une des places les plus abordables au Canada.»

«On est très en retard pour parler d’agriculture dans nos écoles avec les jeunes, pour qu’ils puissent même considérer que ce serait une possibilité.» En effet, le Nouveau-Brunswick n’a aucun programme postsecondaire de formation en agriculture, les jeunes doivent quitter la province s’ils veulent étudier dans ce domaine. 

 

Quel est le plus grand changement nécessaire au niveau politique? 

Rébeka lance directement l’idée de l’approvisionnement institutionnel des aliments produits localement. Elle mentionne que la nouvelle Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois propulsée par Équiterre est encourageante, mais qu’au Nouveau-Brunswick il y a «beaucoup de chemin à faire » pour en arriver là. Le gouvernement a souvent tenté d’avancer le dossier en donnant cette responsabilité à des organismes externes, qui ont tous fini par partir ou fermer leur porte par manque de soutien financier.

Elle déplore que le gouvernement ait toujours avancé des stratégies et non des législations pour mettre des cibles et objectifs fermes de l’avant. Rébeka affirme que si l'approvisionnement en aliments locaux est légiféré, le gouvernement se rendra compte que le peu de fermes existantes dans la province ne peuvent fournir à la demande. Elle espère que le soutien aux fermes augmenterait avec une plus grande demande.

 

Dans un monde idéal, qu’aimerais-tu voir dans 5 ans?

«Des jeunes qui pourraient voir le métier d’agriculteur ou d’agricultrice comme une possibilité.» «Ça serait bien si on pouvait aller dans les écoles parler de ce qu’on fait... et pas seulement du qu’est-ce qu’on fait, mais aussi du pourquoi on le fait.»

Si on demande aux agriculteurs pourquoi ils ont adopté ce métier, souvent nous trouverons que c’est par une vraie volonté de bien nourrir leur communauté. Malheureusement, notre système agroalimentaire fonctionne d’une manière où les aliments durables et locaux sont plus dispendieux de ceux qui viennent des plus grandes fermes industrielles. À ce sujet, Rébeka partage,

«On voit dans nos paniers ou avec les gens aux marchés… oui il y a un peu de privilèges.. On voit que les gens font beaucoup de sacrifices pour accéder à cette nourriture, [mais] on n’est pas intéressé de produire pour qu’une seule couche de la société.»

Elle explique que l’agriculture, ce n’est pas seulement une question de produire, c’est aussi de voir pour qui nous produisons ces produits, pour où, et comment ils seront distribués. «Ça fait tout partie de la même équation,» continue-t-elle. En effet, pendant que nous entrons dans la relance économique, nous devrions avoir le courage d’imaginer ce que nos systèmes alimentaires pourront être : locaux et écologiques, qui raccourcissent et diversifient les chaînes alimentaires, revitalisent les communautés, assurent un meilleur accès à des aliments sains et frais, soutiennent les systèmes alimentaires à faibles émissions, renforcent la résilience aux chocs et réduisent les pertes et le gaspillage alimentaire.