Cinq grandes idées pour un meilleur système alimentaire

Une proposition du Réseau pour une alimentation durable pour Une politique alimentaire pour le canada

La capacité et la viabilité de notre système alimentaire pour assurer l’accès à des aliments nutritifs constituent des sujets de préoccupations de plus en plus importants aux yeux des Canadien-ne-s, alors qu'un nombre croissant de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.

Les mauvaises habitudes alimentaires sont la cause principale de décès au Canada. Si d’une part, le secteur agricole et agroalimentaire offre plus d’emplois aux Canadien-ne-s qu’aucun autre secteur de l’économie, d’autre part, plusieurs de ces salarié-e-s ne gagnent pas un revenu suffisant pour vivre. Aussi, le système alimentaire est à lui seul responsable de près de 50% des émissions de gaz à effet de serre produites dans le monde. Par conséquent, il est primordial de fixer notre système alimentaire si l’on désire adresser nos priorités les plus urgentes en matière de santé, d’économie et d’environnement.  

Malgré l’importance du système alimentaire, le Canada ne dispose présentement pas d'une politique alimentaire nationale nous permettant de régir les nombreuses sphères reliées à notre alimentation. Entre autre, il n’y a pas de politiques développées concernant la manière dont nos aliments sont acheminés jusqu'à nos assiettes et les moyens de réduire le gaspillage alimentaire qui en découle.  À la place d’une politique nationale, nous avons un ensemble de politiques disparates en matière d’agriculture, de santé, de commerce, d’environnement, de développement social, et ainsi de suite. Pour créer un système alimentaire en mesure de s’adresser aux enjeux actuels, nous devons adopter une approche réflexive globale et intégrée sur la manière dont notre système alimentaire est régi de la ferme à l’assiette.

Il semble que le gouvernement fédéral soit finalement à l’écoute. Le premier ministre Trudeau a chargé le ministre de l'agriculture, Lawrence MacAulay, d'élaborer une politique alimentaire nationale pour assurer l’accès à des aliments canadiens nutritifs pour tous les ménages du pays, et également, nous l’espérons, pour assurer l’accès à une alimentation sûre et saine, et culturellement appropriée pour toutes et tous.

Le réseau pour une alimentation durable est une alliance d'organisations et d'individus engagé-e-s à soutenir la mise en place d’un système alimentaire plus sain, plus équitable et plus durable. Nous faisons campagne et intervenons pour faire entendre les voix des citoyen-ne-s auprès des décideurs fédéraux afin de s’assurer que cette politique aide tous les Canadien-ne-s à mieux s’alimenter.

 

Nos cinq grandes idées pour un meilleur système alimentaire :

 

Réaliser le droit à l’alimentation

Le Canada a ratifié le Pacte international des Nations Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui confère à notre gouvernement l'obligation légale de garantir à ses citoyen-ne-s le droit à une alimentation adéquate. Pourtant, quatre millions de Canadien-ne-s, dont 1.15 millions d'enfants, parviennent difficilement à avoir accès à des aliments nutritifs sur leur table. Ce problème est bien pire dans les collectivités nordiques et éloignées. Au Nunavut par exemple, l’insécurité alimentaire touche près des deux tiers des enfants.

Ce que le gouvernement peut faire :

  • Avec la Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté, il est possible de travailler avec les provinces et les territoires pour améliorer les programmes sociaux, ainsi que pour assurer la mise en place d'un revenu minimum garanti en dessous duquel une personne ne peut descendre afin que tous les Canadien-ne-s puissent se procurer des aliments nutritifs et adéquats. 
  • Faire une refonte du programme Nutrition Nord pour améliorer l'accès et l'abordabilité des aliments tout en renforçant les systèmes alimentaires régionaux du Nord, incluant le soutien public aux programmes visant à accroître l'accès aux aliments traditionnels et ceux cultivés par la communauté.
  • Veiller à ce que les accords commerciaux et les investissements internationaux ne compromettent pas les programmes publics qui renforcent le respect des droits humains, des moyens de subsistance durables et/ou de la souveraineté alimentaire.

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Favoriser l’alimentation saine et durable

Le gouvernement a annoncé une Stratégie en matière de saine alimentation, qui est une excellente première étape, mais il faudra en faire plus pour encourager des choix alimentaires sains. Les habitudes alimentaires des Canadien-ne-s affectent non seulement leur santé, mais elles ont également des impacts sur les changements climatiques et l'environnement. Nous devons nous attaquer aux habitudes alimentaires malsaines afin de réduire les taux croissants de maladies qui leur sont reliées et qui menacent de bouleverser notre système de soins de santé. Nous devons adopter des régimes alimentaires plus sains pour notre santé et notre planète.

Ce que le gouvernement peut faire :

  • Envisager des taxes et des subventions pour promouvoir des habitudes alimentaires plus saines (par exemple: une taxe sur les boissons sucrées artificiellement).
  • Créer un programme universel pour une saine alimentation scolaire afin que tous les élèves puissent acquérir des compétences alimentaires de base et aient accès à des repas sains et nutritifs à chaque jour. Il serait également important de travailler avec les leaders des communautés autochtones pour créer un programme de saine alimentaire scolaire dans les écoles situées dans les réserves des Premières Nations.
  • Tisser des liens solides entre l’agriculture, la durabilité environnementale et la santé à l’aide des instruments politiques de Santé Canada et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

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S'engager à soutenir des systèmes alimentaires durables

L'agriculture et les pratiques de pêche non durables entravent de manière significative nos terres, nos cours d'eau et nos océans, menaçant de ce fait la viabilité de nos systèmes de production alimentaire. De plus, les Canadien-ne-s gaspillent 40 pourcent des aliments produits, ce qui génère des pertes de 31 milliards de dollars par an. Notre système alimentaire actuel contribue de manière importante aux changements climatiques et nous ne reconnaissons pas assez les effets environnementaux qu'ont nos systèmes de production et de distribution alimentaires sur ceux-ci, à savoir sur la pollution de l'eau et de l'air, la contamination des sols et la perte de la biodiversité.  

Ce que le gouvernement peut faire :

  • Procéder à une révision des politiques en alimentation et agriculture pour veiller à ce que les programmes et les soutiens incluent une diversité d’entreprises agricoles et alimentaires - différents secteurs, méthodes de production et circuits de commercialisation – particulièrement ceux qui promeuvent des pratiques durables.
  • Offrir des occasions de soutien et de formation aux agriculteur-trice-s et aux pêcheur-se-s pour qu’ils puissent effectuer une transition vers des régimes de production plus agroécologiques. De plus, offrir un nouveau soutien significatif aux nouveaux agriculteur-trice-s, ainsi qu’un financement public pour la recherche et le développement en production biologique mené par les agriculteur-trice-s et pour le transfert de connaissance.
  • Réviser la Loi sur les pêches du Canada afin de mieux protéger les habitats des poissons et de soutenir une pêche durable dans les collectivités côtières.

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Faire du système alimentaire un processus de réconciliation

La nourriture a souvent été utilisée comme un outil d’oppression et de marginalisation, mais elle a aussi le potentiel de devenir un outil de guérison et de réconciliation. Les systèmes alimentaires autochtones sont profondément liés aux économies, aux cultures, à la santé et au bien-être des populations autochtones. En ce sens, Une politique alimentaire pour le Canada devrait tenir compte de l’histoire et de l’héritage qu’a légué le colonialisme sur ces populations, et prioriser la réconciliation et la décolonisation comme les principes clés de notre système alimentaire. Cela exige le respect des droits compris dans les traités, ainsi qu’un engagement à établir des relations de nation à nation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

Ce que le gouvernement peut faire :

  • Travailler avec les peuples des Premières Nations, des Métis et des Inuits du Canada pour s'assurer de renforcer leur souveraineté alimentaire et de garantir leur accès à leurs aliments traditionnels et à leurs droits de pêche et de chasse.
  • Soutenir les initiatives autochtones qui s'attaquent à l'épidémie de maladies liées à l'alimentation et à l'insécurité alimentaire au sein des populations autochtones.
  • Allouer des ressources pour les programmes alimentaires dédiés aux communautés autochtones des régions nordiques/éloignées et urbaines pour s’attaquer au problème immédiat d’insécurité alimentaire, tout en soutenant le développement à long terme des systèmes alimentaires autochtones (incluant la chasse, le trappage, la pêche et l’accès aux aliments traditionnels).

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Inviter plus de voix à la table

Les Canadien-ne-s, qu’ils et elles soient des consommateur-trice-s, des cuisinier-ère-s, des groupes communautaires, des producteur-trice-s, des travailleur-se-s ou des entrepreneur-se-s alimentaires, veulent avoir leur mot à dire sur la façon dont leurs aliments sont produits, et sur les changements nécessaires qui doivent être apportés à notre système alimentaire. Nous devons nous assurer que les discussions ne se fassent plus derrière des portes closes où l'industrie et le gouvernement décident de ce qui est le mieux pour nous; nous devons faire partie intégrante de la conversation. En associant différents secteurs et diverses structures autour d’une approche politique exhaustive et ouverte, le Canada peut bâtir un système alimentaire qui permette à toutes et à tous d’accéder à une alimentation nutritive et qui soit à la fois écologiquement durable, économiquement dynamique et axé sur la santé.

Ce que le gouvernement peut faire :

  • Créer un organe de gouvernance multipartite (tel qu’un Conseil national de la politique alimentaire) qui rassemblerait les divers intervenants du système alimentaire afin d’aider le gouvernement à prendre des décisions sensées et avisées concernant la nourriture que nous consommons.
  • S’assurer que les mécanismes de gouvernance ont les ressources suffisantes pour garantir une participation significative des intervenant-e-s, ainsi qu’une responsabilisation et une mise en œuvre globale.
  • S’assurer que les mécanismes de gouvernance ont un budget suffisant pour leur permettre de recommander et de mettre en œuvre des programmes et des innovations dans le domaine de l’alimentation qui répondent aux priorités définies dans la politique.

Nous accueillons avec enthousiasme le lancement des consultations fédérales sur la politique alimentaire nationale. Le Canada a tout ce qu'il faut pour devenir un chef de file mondial en matière de politique alimentaire: des ressources naturelles abondantes, des soins de santé universels, une diversité culinaire, des entreprises dynamiques, une société civile entreprenante et engagée, ainsi qu'une population aimant discuter d’alimentation et manger sainement. Disons au gouvernement qu'il est temps d'éliminer la faim et de faire de l’alimentation un élément clé de nos projets pour devenir un pays plus durable et plus sain.

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